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PETIT HISTORIQUE DU TATOUAGE A TRAVERS LES AGES

Le tatouage n'est pas seulement une marque indélébile sous la peau, c'est aussi une marque incontestable de civilisation. Ainsi, depuis des temps immémoriaux, cet art perdure et évolue avec l'homme.

Il est intéressant de noter que les peintures rupestres de Tassili (Algérie) montrent des femmes dont le thorax était tatoué de lignes convergentes vers les auréoles mammaires. Des momies égyptiennes datant de 2000 ans avant Jésus-Christ révèlent l'existence de tatouages abdominaux et pubiens, principalement sur les corps conservés des danseuses, musiciennes et prêtresses. Les grecs furent de grands tatoueurs devant Zeus, notamment de part leur habitude à marquer leurs prisonniers et leurs esclave. Les écrits d'Homère rapportent que des fils de notables portaient sur leurs dos des motifs floraux marqués à l'encre et que les demoiselles arboraient couramment sur le corps les initiales de l'élu de leurs cœurs. Toujours en Grèce antique, les Hétaïres, ordre de prostituées sacrées, portaient la rose d'Aphrodite entre les seins. Les ménades revêtaient un agneau sur la cuisse et les initiés au culte de Dionysos une feuille de vigne sur le front. Les pères de la démocratie pensaient en outre que le tatouage rendait invincible au combat et séduisant en amour.

La pratique du tatouage est poursuivie en Rome antique, les fidèles de Mithra, par exemple, portaient le signe de leurs grade sur le front. Les celtes et les gaulois portaient sur eux des images de coqs, de lièvres, de taureaux et d'autre animaux au symbolisme éloquent. Les bretons étaient particulièrement marqués, l'origine même de leurs noms tient de ce fait : il vient de " Briez ", traduisible par "peint ".

Bien que proscrit par le concile de Nicée en 787, le tatouage continua sa traversée du temps durant tout le moyen-age. La preuve en est la croix tatouée sur l'avant-bras droit des croisés et des chevaliers du temple de Hugues de Payns. Vlad Tepes, le tristement célèbre Voïvode de Valachie plus connu sous le nom de Dracula, arborait sur son dos l'insigne de l'ordre sacré du Dragon. Grâce aux récits de Marco Polo, nous savons que la Chine du douzième siècle était riche de corps masculins et féminins abondamment tatoués. Sur l'île de Nai-Nan, dans le golfe du Tonkin, des motifs de fleurs et de papillons étaient tatoués au treizième siècle sur les jeunes filles nobles au moment de leurs mariages. Le japon, haut lieu d'expression du tatouage, renforce cet angle érotique et cet art y fut surtout éclatant entre le septième et le dix-huitième siècle. Durant les périodes où il était interdit aux sujets de basses extraction de porter le Kimono, certains y suppléèrent par une luxuriance de tatouages sur tout le corps. Notons que le recouvrement intégral est aujourd'hui encore un trait culturel japonais typique, notamment sous les atours des prostituées et sur les membres du Yakusa ( Mafia japonaise ). A partir du dix-huitième siècle, le tatouage toucha toutes les classes de la société si bien que l'empereur Meiji en interdit la pratique en 1868, ce qui n'empêcha pas le phénomène de perdurer plus discrètement jusqu'à nos jours avec, en plus, le goût si doux de l'interdit.


En occident, la grande révélation du tatouage, nous la devons au capitaine Cook qui, après la conquête du Canada français sous les ordres du général Wolfe, part vers les terres paradisiaques de l'Océanie. C'est durant ses voyages à Tahiti en 1772 et 1776 qu'il découvre chez les indigènes l'art qu'il nomma le " Tatow ", transcription phonétique personnelle du tahitien " Ta " : dessin, et " Atouas " : esprit. Voici également les origines du mot français, tatouage, né sous la plume du traducteur français des œuvres de Cook. Donc, à Tahiti, le " Tatau " est la pratique magique d'inscriptions tégumentaires permettant la descente de l'esprit dans l'enveloppe charnelle. Les dessins étaient transcrits par les " Tahowas ", prêtre sorciers proches du Shaman. Aux îles Fidji, les croyances veulent que les femmes vierges de toute inscription rituelle sur la peau n'aient aucune joie après la mort. Aux îles Salomon, une femme doit absolument être tatouée pour se marier. Une croyance commune à plusieurs localités veut qu'une personne dépourvue de tatouages erre seule dans l'au-delà, faute d'être reconnue par ses ancêtres. En occident, la découverte de ces dessins provoqua un phénomène de mode à propagation rapide, tout d'abord chez les marins de retour au pays, puis à toutes les classes sociales.

Le fait remarquable est que le tatoo devient, dès la fin du dix-huitième siècle, la marque distinctive de nos dirigeants occidentaux, bien que nos idées reçues sur la question nous fassent penser, à tort, que seuls les marins, les bagnards et les " originaux " arboraient ces motifs.

LES TATOUAGES CHEZ LES DIFFERENTS PEUPLES

Les Inuits
Originaires d'Asie, les Inuits peuplent aujourd'hui les régions arctiques de l'Amérique et du Groenland. Face à la nature indomptable de ces régions inhospitalières, ils développèrent une religion animiste complexe.
Les femmes se tatouaient pour faire perdurer les traditions de fertilité, tandis que les hommes, chasseurs et pêcheurs, méritaient leur tatouage en fonction du nombre de prises. Chaque baleine abattue leur valait un point sur le visage : plus un homme arborait de points, plus il avait contribué à la survie du groupe et donc gagné en prestige.
De nos jours, cette tradition a presque disparu. Parmi la population inuit Yupiget de l'île Saint Lawrence (mer de Béring), il ne reste plus qu'une dizaine de tatoués, tous âgés de plus de 80 ans.

Les Polynésiens
Pour trouver les origines du tatouage dans l'archipel de la Polynésie, il faut remonter au passé le plus lointain de la civilisation ma'ohi. Cet art diffusé à l'origine dans les îles de la Société où il a atteint une perfection extraordinaire, est apprécié et pratiqué par les habitants des îles Marquises et les maori. Aux îles Marquises, le tuhuna (tatoueur) était un artisan respecté. Il devait passer par un long apprentissage avant d'exercer sa fonction. Le tatouage définissait le statut social d'un individu et prouvait sa résistance à la douleur. De ce fait, les tatouages les plus conséquents s'admiraient sur le corps des chefs et des guerriers.
Le tatau était entouré d'un certain nombre de tabous (tapu), qui compliquaient un peu les choses : les femmes étaient obligées de se tatouer les mains dès l'âge de 12 ans, sans quoi il leur était interdit de préparer le popoi (pâte à base de fruits fermentés). Un homme tatoué ne pouvait pas manger avec une femme. Et un homme au tatouage complet ne partageait pas son repas avec un homme au tatouage partiel. En Mélanésie, Polynésie et Micronésie, les formes de prédilection sont les courbes, les cercles concentriques et les spirales, les lignes accompagnées de points, de soleils et d'étoiles. Les cercles concentriques semblent être apparus plus tard dans l'histoire du tatouage et révéler une période dite décadente dans l'art océanien, car les cercles issus des spirales demeurent des figures fermées sans possibilité de générer de nouveaux motifs. Ces mêmes formes se retrouvent fréquemment sur les sculptures de maisons, masques, statues, tablettes votives et proues de pirogues. Elles soulignent quelquefois des traits du visage et peuvent aussi couvrir le corps entier, comme c'est le cas aux îles Marquises. Le tatouage des guerriers les couvre de la taille aux genoux. La réalisation d'une telle œuvre nécessite de deux à trois mois, période pendant laquelle le tatoué devra tolérer des souffrances considérables, démontrant ainsi sa bravoure. L'exercice du tatouage accompagnait autrefois les rites d'initiation. Les premières menstruations, la puberté et le mariage étaient des moments où on marquait le corps des symboles correspondants, pour souligner l'évolution de l'individu et la soumission à de nouveaux tabous.
Au début du XIXe siècle aux îles Marquises, l'Église interdit les décors corporels et éradique tout ce qui représente la culture marquisienne. La dernière génération de tatoués s'éteindra dans les années 1930. On avait cru les îles totalement acculturées et les motifs du tatouage traditionnel perdus à jamais… À tort ! Dans les années soixante-dix, sous l'impulsion d'un religieux catholique, les habitants se lancent à la recherche de leurs racines.
Mais où retrouver les dessins non consignés par cette société de tradition orale ? En Occident ! Des savants et des collectionneurs les ont rapportés et parfois publiés. C'est là que les Marquisiens viennent les rechercher depuis les années 1980.


Les Indiens
En Inde, les Rabaris de la province de Kutch font partie des peuples les plus tatoués d'Asie. Traditionnellement, le tatouage est une affaire de femmes. Munies d'une longue aiguille et à l'aide de motifs compliqués, les femmes rabaris se protègent contre le mauvais œil et racontent leur vie : celle de chameliers nomades du désert Gudjarati. Les mères tatouent parfois leurs filles dès l'âge de trois ans, car une femme sans tatou ne saurait attirer un mari. Il y a une trentaine d'années, la machine à tatouer a remplacé les aiguilles. Des tatoueurs ambulants ont repris le rôle qui autrefois incombait aux femmes. Mais leur méconnaissance de la symbolique rabaris entraîne une dégradation de la tradition, qui disparaît peu à peu au nom du progrès et de la modernité.


Les Thaïlandais
Le tatouage thaï* peut occuper toute la surface du corps, mais se sépare en deux parties au niveau de la taille : celle du haut, vouée à la sphère individuelle, et celle du bas, vouée à la sphère publique. Cette dernière, étalée entre les genoux et le nombril, fut surnommée " tatouage culotte " par les premiers observateurs étrangers.
Composé de plusieurs exemplaires d'un même motif animalier, le " tatouage culotte " était une obligation sociale pour les hommes thaïs jusqu'au milieu du siècle dernier. Il signifiait avant tout le passage à l'âge adulte, mais indiquait aussi l'origine territoriale et pouvait avoir des fonctions protectrices.
Si le tatouage de la partie supérieure du corps est encore courant, le " tatouage culotte " n'est plus réalisé aujourd'hui car la pratique est considérée comme une marque du passé. Dans les communautés Lü du Nord Laos et celles de la région de Chiang Krong (Thaïlande), seuls les hommes de plus de cinquante ans arborent encore la fameuse culotte.
*" Thaï " désigne un ensemble de peuples, disséminés entre la Chine, la Birmanie, le Laos et la Thaïlande et unis par la pratique d'une même langue. " Thaïlandais " désigne la population de Thaïlande, toutes ethnies confondues.

Les Berbères
À l'intérieur d'un espace africain compris entre l'océan Atlantique, la Méditerranée et le tropique du Cancer, vivent les Imazighen, " les hommes libres " - plus connus sous le nom des Berbères. Agriculteurs et pasteurs nomades, unis par l'utilisation d'une même langue, le peuple berbère n'a pas toujours été si libre que ça.
Le tatouage avait autrefois des fonctions esthétiques, il identifiait l'origine tribale des femmes ou conjurait le mauvais sort. Sous le joug de l'envahisseur français, il devint subitement le symbole de la souffrance et de la résistance du peuple opprimé. Agzdur, dans le dictionnaire des parlers du Maroc central de Taïfi Miloud, signifie : " fait de se lacérer les joues en se lamentant, signe de deuil chez les femmes ".
La femme berbère se tatouait le menton d'une oreille à l'autre, restituant ainsi sur son propre visage la barbe de l'époux disparu. Celle qui assistait à l'emprisonnement de son homme, traçait sur ses poignets l'image des menottes qui humiliaient son conjoint. Réduites à servir de porteuses ou de cuisinières auprès des bataillons français, les femmes se gravaient des chaînes aux chevilles, extériorisant ainsi leur refus de se soumettre.

Les Japonais
Au Japon, pendant la période d'Edo (1600-1868), la popularité du tatouage s'étend à la suite de la traduction du best-seller chinois Suikoden. Le roman conte les aventures de 108 hors-la-loi largement tatoués qui défièrent les dirigeants chinois corrompus entre 1117 et 1121. Il devient un symbole de la résistance au régime Tokugawa. La version japonaise de Suikoden fut illustrée par une grande variété d'artistes. Les tatoueurs se servirent de ces illustrations pour graver la révolte dans la peau des opprimés.
La population, lasse des interdits suffocants auxquels elle est soumise par le pouvoir en place, se révolte contre la classe privilégiée. Les gens simples n'avaient pas le droit de porter des habits trop chatoyants ! Qu'à cela ne tienne : ils se couvrirent le corps de somptueux tatous. Le gouvernement de Tokugawa tenta bien d'endiguer le spectaculaire engouement que manifestèrent ses sujets à l'égard du tatouage, mais rien n'y fit.
En 1872, l'empereur Matsuhito interdit le tatouage de peur de heurter la sensibilité des autres nations. Ironiquement, ce furent les étrangers, et non des moindres, qui montrèrent le plus d'intérêt pour le tatouage japonais. Dix ans plus tard, lors d'une visite au Japon, le roi George V d'Angleterre se faisait tatouer un grand dragon sur le bras.

Les Birmans
Marco Polo, dans ses récits, raconte que les hommes du Myanmar (le " pays merveilleux ", rebaptisé Birmanie par les colons) se tatouent sur tout le corps. Le tatouage accompagne les périodes difficiles de la vie : puberté, maternité, maladie ou deuil. C'est justement en cette ère bien difficile pour le peuple Karen (8 % de la population birmane) qu'un tatouage particulier s'est érigé en symbole de lutte désespérée.
Kawthoolei est le nom que donnent les Karens à un État qu'ils rêvent à nouveau indépendant au sud-est de la Birmanie. Trahis par les Britanniques qui leur promettaient l'indépendance, et auprès desquels ils s'étaient engagés lors de la Seconde Guerre mondiale, les Karens subissent désormais une persécution acharnée, ponctuée de fréquents massacres, de la part des autorités birmanes.
Au pays merveilleux, l'avenir des Karens paraît bien sombre. Après des années de guérillas, les recrues de plus en plus jeunes transforment cette lutte armée en guerre d'enfants. Ne leur reste plus, dans leur déroute, que l'espoir de voir un jour Aung San Suu Kyi accéder au pouvoir - et un tatouage talisman né de l'oppression : une divinité gravée en travers du cœur pour se protéger des balles.

Source: touarek

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