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BODY ART Transforming  
LES MODIFICATIONS CORPORELLES

DEFINITION

Déformation du crâne, tatouage, piercing, implant, amputations et scarifications sont des modifications corporelles qui connaissent un engouement croissant dans les sociétés occidentales contemporaines. Si certaines, sous leurs formes anciennes, sont connues des archéologues et ethnologues, elles revêtent aujourd'hui des formes et des utilisations différentes des origines. Ces modifications sont caractérisées par trois points essentiels : leur caractère volontaire, leur dimension non utilitaire, leur aspect radical. De plus la notion de douleur attachée à ces pratiques est fondamentale.

On trouve parmis ces pratiques :


- le stretching : élargissement du piercing pour y mettre une pièce plus volumineuse,


- la scarification : cicatrice ouvragée pour dessiner un signe en creux ou en relief sur la peau avec un éventuel ajout d'encre,


- le cutting : inscription de figures géométriques ou de dessins à l' encre sous forme de cicatrices faites au scalpel ou à l'aide d'autres instruments tranchants,


- le branding : cicatrice en relief dessinée sur la peau par l'application d'un motif au fer rouge ou au laser,


- le burning : impression sur la peau d'une brûlure délibérée, rehaussée d'encre ou de pigment,
- le peeling : on enlève des surfaces de peau,


- l'implant : incrustation de formes en relief sous la peau.

En 1979, les adeptes des modifications corporelles ont été baptisées "primitifs modernes" par leur leader Fakir Musafar (créateur du magazine Body Art). La sortie de Modern Primitives, un livre traitant des modifications corporelles nouvelles et anciennes, a fait connaitre le mouvement aux non-initiés. Les adeptes du Modprims établissent des ponts inédits entre passé et futur, mélangeant pratiques corporelles anciennes et nouvelles, matériaux traditionnels, démarches artistiques et nouvelles technologies.

Selon le fakir, il existe sept manières différentes de modifier ou de modeler le corps :
- la contorsion: comme par exemple, le port de chaussures à talons haut, le bandage du pied, l'élargissement des piercings…
- la constriction : compression, bondage, corsets, ceintures...
- la privation : jeûne, privation de sommeil, restriction des mouvements, isolation sensorielle;
- la gêne : port de bracelets ou d'anneaux de cheville, d'entraves, de chaînes…
- le feu : brûlures, marquage au fer (branding), tannage par le soleil...
- la pénétration : intrusion, flagellation, piercing, tatouage, lits de clous...
- la suspension : pendaison à une croix, suspension par les poignets, les chevilles, la taille, ou par les piercings.

LA DEFORMATION DU CRANE


Crâne féminin déformé, 19ème?, Pérou.

Les déformations artificielles du crâne ont été pratiquées sur tous les continents.

Les plus anciennes ont été observées sur des spécimens du Proche-Orient datant du Néolithique. En Europe, le cas le plus reculé remonte à la civilisation minoenne.

Les manipulations commencent dès le plus jeune âge et vont du simple massage à l'usage de moyens de contention contraignants comme des bandages ou des planchettes. L'utilisation de liens souples compresse les régions inférieures frontale, pariétale et occipitale donnant un allongement en pain de sucre du crâne.

Répandue sur le continent américain, la déformation crânienne a connu un engouement durable dans les populations andines. Pratiquée dans la tendre enfance des individus malgré les risques de mortalité et de débilité qu'elle pouvait entrainer, elle semble avoir été réservée à certains membres apartenant à un rang social ou religieux élevé.

LES MUTILATIONS

Les signes de pratiques mutilatoires sont nombreux à travers l'histoire.

Au Pérou, l'abondante production des Mochica a mis en évidence la présence de statuettes présentant des des femmes ayant subi des mutilations profondes : ablation de la pointe du nez, de la lèvre supérieure ou d'un membre. Le côté intentionnel de ces interventions a été confirmé lors de la découverte de tombes contenant des pieds coupés enterrés seuls et des corps sans pieds à Sipan.

Les mutilations dentaires sont également répandues à travers le monde notamment en Amérique et en Afrique.Au Nigéria par exemple le limage en biseau ou l'arrachage des dents durant l'adolescence prouve l'aptitude du jeune garçon à résister à la douleur et le rend plus séduisant aux yeux des filles.

Chez les Yombe, dans le bas Congo, on limait les incisives supérieures de façon à créer un espace triangulaire vide entre elles.

A gauche : Crâne avec mutilation dentaire, 20ème?, Congo.

Au Mexique, on trouve deux types de modifications dentaires : limage des dents en pointe en haut ou en bas et incrustation de perles de jade ou d'obsidienne dans les dents.

A droite : Mâchoire aux incisives limées, 900-1521 ap JC, Mexique.

LE STRETCHING

Appelé élargissement, de l'anglais "etirement", il est encore pratiqué sporativement dans certaines tribus d'Afrique (Massaï, Samburu, Sara) pour les lobes des oreilles, plus rarement encore pour les lèvres chez les Indiens d'Amazonie (Nambikwara) ou d'Indonésie (Sarawak, Haut Sépik). La technique consiste à élargir le trou résultant d'un piercing en plaçant un cône en métal pour le distendre. Le diamètre du cône augmente progressivement jusqu'à obtenir le résultat voulu. Le stretching concerne les lobes, les sourcils, les lèvres et les cartilages.

LA SCARIFICATION

Couteaux à scarification, RD Congo.

Les premières scarifications viendraient d'Egypte, du culte d'Isis (représentée par trois traits chez les Peuls, les Borobos, les Toubous du Niger).

Au début du 20ème siècle, de nombreuses statuettes en terre cuite et en métal furent découvertes à Ifé (Nigéria). Elles représentent des têtes humaines ornées de scarifications parfaitement régulières. Elles datent du 17ème siècle et la signification de ces marques demeurent inconnues.

Aujourd'hui, seules les tribus Yarubas et Kaleri (Nigéria) pratiquent encore la scarification. Les marques, dites kolo, sur le visage et le corps, ont une importance morale plus qu'esthétique : elles révèlent les qualités de son porteur (courage, ruse...) ou ses états d'âme (deuil...). L'incision est pratiquée à l'aide d'un couteau en Y, la blessure est recouverte de pigments colorés (charbon de bois...) pour teinter la cicatrice. On trouve également des scarifications chez les Nubas (Soudan) et les Luluwas (Congo) comme signes de maternité.

CUTTING et BRANDING

Dérivé de la scarification, l'entame de la peau, le cutting, n'est pas un acte suicidaire mais au contraire une volonté de vivre et de jouer symboloiquement avec la mort afin de s'en émanciper.

Le branding rappelle le marquage au fer rouge des prostituées, des déserteurs et autres galériens.

LES IMPLANTS

L'utilisation des implants à des fins esthétiques est une pratique souvent impressionante (mohawk de métal implanté entre la peau et la boite cranienne) de plus en plus utilisées du fait des progrès techniques. Les artistes s'en sont emparés, telle Orlan réalisant des performances artistiques à partir des modifications chirurgicales subies par son corps, et le phénomène se démocratise du fait de l'économie des coûts.

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