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STUPEFIANTS Civilisations  
L'observation des consommations de drogues en France: outils et tendances 2001
L’observatoire : un organisme indépendant au service des pouvoirs publics.
Historique, statut, organisation

En France, au cours des vingt dernières années, se trouve affirmée, notamment dans les trois derniers rapports publics traitant de la lutte contre la drogue et la toxicomanie (Pelletier, Trautmann et Henrion), la nécessité de mettre en place un dispositif d'observation et de diffusion de l'information sur les drogues et les toxicomanies auprès des décideurs et des scientifiques.

Suite à ces recommandations, les pouvoirs publics mettent en place, fin 1995, l'Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (O.F.D.T.), sous la forme juridique d’un Groupement d'Intérêt Public (GIP). Le choix de la forme juridique GIP pour l'observatoire français a fait l'objet d'un long débat (trois ans de consultations). Il permet, tout à la fois, de lui donner une autonomie dans sa mission d'observation par rapport au domaine de la coordination et de l'action sous la responsabilité de la Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie (M.I.L.D.T.), et de le doter d'un statut juridique autonome, fonctionnant selon les règles de la comptabilité publique et soumis au contrôle de la Cour des Comptes.

Son Conseil d'Administration regroupe les représentants :

de l'État : les différents ministères concernés par la lutte contre la drogue et les toxicomanies : Emploi et Solidarité, Santé, Ville, Justice, Défense, Intérieur, Affaires étrangères, Finances, Budget, Jeunesse et Sports, Éducation Nationale, Recherche ; la Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie (M.I.L.D.T.)

des personnes morales de droit public et privé : le réseau national de documentation Toxibase et la Fédération Nationale des Observatoires Régionaux de Santé (F.N.O.R.S.).

L'Observatoire appuie son action sur un Collège Scientifique de représentants des principaux organismes producteurs de données ainsi que de personnalités nommées à titre personnel.
Ces personnalités ont des compétences reconnues dans les domaines entrant dans l'objet du groupement.
Le Collège Scientifique est consulté sur les projets qui constituent le programme de travail de l'O.F.D.T., il formule des avis sur ces projets, leur déroulement et leurs résultats.

L’équipe de l’O.F.D.T. (25 personnes) est composée de personnes spécialisées dans différents domaines (épidémiologie, sociologie, statistique, évaluation, etc.) dont les champs d’activités sont regroupés en "pôles" au sein de l’O.F.D.T. recoupant ses missions et tâches : Enquêtes en population générale, Tendances récentes, Indicateurs, Évaluation des politiques publiques, Valorisation de l’information, et services transversaux (moyens techniques, secrétariat, finances).

L'Observatoire est un lieu de rencontre où peuvent se confronter et s'enrichir des approches et des compétences multiples. Il mène ses actions en complémentarité des dispositifs existants avec le souci constant d'éviter les démarches redondantes.

Au niveau européen, L'O.F.D.T. est, pour la France, l'organisme relais (le point focal) du réseau R.E.I.T.O.X. (Réseau Européen d'Information sur les drogues et les Toxicomanies), mis en place par l'Observatoire Européen des Drogues et des toxicomanies (O.E.D.T.).

Le fonctionnement du groupement est presque exclusivement assuré par une subvention de l’État sur les crédits interministériels de lutte contre la drogue et la toxicomanie. Il est également financé pour son activité européenne par l’O.E.D.T.. Son budget prévisionnel pour 2001 était d’un montant de 23 millions de francs dont 10 millions de francs consacrés aux études.

Missions, axes de travail

Les missions de l’observatoire sont inscrites dans la convention constitutive du groupement d’intérêt public : "l'observation des drogues et des toxicomanies, le recueil, l'analyse, la synthèse et la diffusion des données, ainsi que leur amélioration quantitative et qualitative ; le recueil, la diffusion et la valorisation des connaissances et analyses dans tous les champs disciplinaires intéressés par les drogues et les toxicomanies ; l'expertise et l'animation de la recherche dans ces domaines". Les grandes missions du GIP O.F.D.T. ont été entendues, à la suite du plan triennal adopté le 16 juin 1999, aux produits licites : alcool, tabac et médicaments psychoactifs.

Son action se déploie autour des priorités de travail suivantes :

  • Veille et amélioration des indicateurs

L’O.F.D.T. analyse les indicateurs disponibles sur le phénomène des drogues et de leurs usages. Il suggère des mesures permettant d’améliorer la qualité et la fiabilité des sources provenant des différents ministères et autres organismes. Si des lacunes sont identifiées, il impulse les travaux permettant de les combler. C’est le cas, du dispositif pérenne d’observation des consommations en population générale que l’Observatoire a mis en place depuis 1999 en réalisant par lui même, ou en soutenant la réalisation par des équipes extérieures, d’enquêtes périodiques dans le domaine.

  • Surveillance des tendances

Elle est assurée par un réseau d’observateurs locaux sur des sites urbains et des espaces festifs, le dispositif Tendances récentes et nouvelles drogues (T.R.E.N.D.), d’une part, et un système d’analyse et de classement d’échantillons de produits de synthèse, la base de données Système d’identification national des toxiques et substances (S.I.N.T.E.S.), d’autre part. L’objectif est de mieux appréhender les tendances émergentes sur l’évolution des consommations, de leurs modalités et de leurs conséquences, ainsi que la nature des produits qui circulent.

  • Évaluation des politiques publiques

L’Observatoire contribue à élaborer un cadre global d’évaluation des politiques publiques. Il élabore des méthodologies et des savoir-faire en s’inspirant, le cas échéant, des travaux étrangers. Il met en place et suit jusqu’à leur terme des évaluations d’actions publiques, tant pour la politique nationale que pour les projets de coopération internationale.

  • Expertise

L’Observatoire répond aux demandes d’expertise ou d’intervention des principales instances françaises ou internationales. Il peut également être saisi par des acteurs locaux ou nationaux soucieux de faire valider leurs projets

  • Diffusion et valorisation

L’O.F.D.T. valorise par des publications ses travaux ainsi que certaines études ou recherches dans le domaine des drogues et des dépendances qu’il soutient.

Méthodes d’observation : les sources d’information

L’ensemble des sources d’information utilisées par l’Observatoire peuvent être regroupées en grandes catégories.

  • Enquêtes en population générale

Ces enquêtes reposent sur les déclarations des répondants. Ce type d’investigation vise à mesurer les comportements, les attitudes ou les opinions de la population globale, ou d’une partie d’entre elle, vis-à-vis de l’usage des produits. La méthode utilisée consiste à interroger un échantillon représentatif de ces groupes. Ces enquêtes présentent l’avantage de donner une mesure directe du phénomène, et notamment de son ampleur, dans l’ensemble de la population, ainsi qu’une mesure assez fiable de son évolution. Il est cependant parfois difficile de déceler par ces enquêtes des comportements relativement rares. Les résultats fournissent une image de la consommation déclarée qui n’est pas forcément identique à la consommation réelle.

  • Registres

Les statistiques nationales issues de déclarations obligatoires (décès, Sida, etc.) permettent également d’estimer une partie des usages nocifs, sous l’angle de certains des dommages induits.

  • Statistiques administratives

Les statistiques administratives et certaines études ciblant une population particulière, définie par l’institution qui intervient dans le champ (par exemple : santé/personnes ayant recours aux soins, justice/personnes incarcérées), offrent une vision partielle du phénomène d’usage de drogues, appréhendé sous un angle particulier. La population cachée, non vue par l’institution, échappe, par définition, à ces statistiques.

Ces sources d’informations sont particulièrement précieuses pour l’analyse des tendances lourdes, par leur pérennité, leur régularité et leur disponibilité. Leur utilisation est néanmoins délicate, et il est important de bien prendre en compte leurs limites. Les indicateurs produits sont des "indicateurs indirects", dont l’inertie inhérente à leur processus de production ne permet généralement pas d’éclairer les tendances récentes du phénomène. De plus, ces sources d’informations posent des problèmes spécifiques : limitation de leur champ théorique, fiabilité, doubles comptes...

  • Études qualitatives

Des études particulières s’intéressent à des sous-groupes de population directement touchés par l’usage de produits, mais non sélectionnés de manière institutionnelle. Les travaux à caractère ethnographique en sont un exemple. Outre la qualité de description des usages et des comportements, ce type d’approche permet d’aborder la partie "cachée" du phénomène : les individus qui ne sont vus par aucune institution. Ces études particulières décrivent des comportements de façon qualitative, mais ne permettent pas d’en mesurer l’ampleur.

  • Dispositif de surveillance des phénomènes émergents

Depuis 1999, l’O.F.D.T. a mis en place un dispositif spécifique de surveillance des phénomènes émergents (T.R.E.N.D.). Il s’agit, d’une part, d’un réseau d’observateurs "sentinelles" centré sur "l’espace urbain" (consommateurs problématiques de drogues marginalisés) et "l’espace festif" (consommateurs de drogues fréquentant les établissements de nuit ou les rassemblements "techno") et, d’autre part, d’un système de recueil et d’analyse des drogues de synthèse. Ce dispositif, à la croisée des différentes méthodes décrites précédemment, se singularise par l’objet d’observation qu’il se fixe : les phénomènes émergents. N’excluant pas le recours aux méthodes statistiques, les informations qu’il délivre sont principalement de nature qualitative : des observations de terrain dont la validation croisée et l’analyse permettent de dégager des tendances venant compléter les constats fournis par les enquêtes et les statistiques pérennes.

Les tendances sur les drogues illicites en France en 2001

  • Perceptions, opinions

Les Français hiérarchisent distinctement la dangerosité potentielle des différentes drogues : l’héroïne, la cocaïne et, dans une moindre mesure, l’ecstasy sont placées clairement en tête, le cannabis étant associé, comme l’alcool et le tabac, à un moindre danger.

Les perceptions sont liées à certaines caractéristiques des individus, principalement leur âge et leur comportement de consommation. Ceci est particulièrement avéré dans le cas du cannabis : la perception de sa dangerosité, le fait de croire que sa consommation conduise à celle de drogues plus dangereuses et la remise en cause de son statut légal sont fortement clivés par le fait d’en avoir ou non déjà consommé.

L’adhésion des Français aux politiques publiques menées dans le domaine est forte : ils sont ainsi globalement favorables aux mesures de réduction des risques mais restent attachés à la prohibition existante. Dans le cas du cannabis, deux Français sur trois restent favorables à son interdiction, les autres préconisent plutôt un régime de réglementation.

  • Consommation

Drogues licites et illicites.

En population générale adulte (18-75 ans), les drogues licites ont été expérimentées par une très large majorité de Français. Elles sont consommées de façon répétée ou régulière par de larges fractions de la population et elles sont à l’origine d’une très grande partie des dommages liés aux consommations de drogues.

L’expérimentation, et plus encore la consommation actuelle, de drogues illicites est plus marginale. En dehors du cannabis, déjà expérimenté par un Français sur cinq, les autres produits ne concernent qu’une faible fraction de la population.

Les consommations de drogues concernent plutôt les hommes que les femmes et plutôt les plus jeunes adultes, sauf dans le cas de l’alcool (consommation croissante avec l’âge) et des médicaments (consommation croissante avec l’âge et plutôt féminine).

Au cours des années 1990, les tendances d’évolution des consommations sont plutôt à la baisse pour le tabac, stables pour l’alcool et les médicaments psychotropes (à l’exception des antidépresseurs dont la consommation augmente), et en hausse pour le cannabis.

Chez les jeunes, les constats sont relativement proches avec toutefois certaines différences marquantes. Contrairement aux adultes, la consommation de tabac chez les jeunes est en hausse et atteint le même niveau pour les filles que pour les garçons. La consommation de médicaments psychotropes, hors prescription médicale, est en très nette hausse, notamment chez les garçons.

Le phénomène de banalisation de la consommation de cannabis est beaucoup plus marqué chez les jeunes. Son expérimentation à la fin de l’adolescence a dépassé le seuil symbolique des 50 %.

Sans atteindre l’ampleur relevée pour le cannabis, des consommations d’autres produits se développent amenant le constat d’une diversification des produits expérimentés et consommés, notamment dans des contextes festifs, par des jeunes: champignons hallucinogènes, drogues de synthèse et, dans une moindre mesure cocaïne.

L’initiation aux trois principales drogues consommées par les jeunes se fait, en moyenne, dans l’ordre suivant : l’alcool (13 ans), le tabac (14 ans) puis le cannabis (15 ans). Les consommations de ces produits sont très liées entre elles.

    • Cannabis.

La consommation du cannabis s’est nettement étendue au cours des dernières années, particulièrement chez les jeunes.

En 2000, un Français sur cinq a déjà expérimenté le cannabis. Chez les jeunes, à la fin de l’adolescence, ce comportement devient majoritaire.

Chez les jeunes, la consommation est majoritairement occasionnelle mais devient avec l’âge de plus en plus régulière et intense. Ainsi parmi les garçons âgés de 19 ans, ayant expérimenté le cannabis (60 %), plus d’un sur trois en a une consommation régulière ou intensive

La consommation de cannabis se retrouve dans tous les milieux sociaux. Elle est encore très fortement liée à l’âge et, dans une moindre mesure, au sexe : forte consommation chez les adolescents et les jeunes adultes qui décroît ensuite et devient marginale après 50 ans, consommation plus importante pour les hommes. Toutefois la différence entre les sexes est moins marquée pour les jeunes générations de consommateurs.

La consommation de cannabis est très fréquemment associée à celle du tabac et de l’alcool. Dans les contextes festifs, le cannabis est très présent, accompagnant les consommations de stimulants et de produits hallucinogènes quand celles-ci sont rencontrées.

    • Ecstasy et amphétamines.

La consommation d’ecstasy est apparue en France au début des années 1990 et se révèle depuis en progression. Son expérimentation, et plus encore son usage actuel, restent néanmoins relativement limités. Elle semble circonscrite aux jeunes adultes et à des contextes festifs.

Au sein de la population adulte, les niveaux d’expérimentation sont faibles (0,7 % pour les femmes et 2,2 % pour les hommes de 18-44 ans). Chez les jeunes, l’expérimentation varie entre 1 et 7 % suivant le sexe et l’âge.

La consommation d’amphétamines est plus ancienne mais comme l’ecstasy, son expérimentation et son usage actuel restent limités.

Au sein de la population adulte, les niveaux d’expérimentation sont faibles chez les 18-44 ans (1,2 % pour les femmes et 2,3 % pour les hommes). Chez les jeunes, l’expérimentation varie entre 1 et 4 % suivant le sexe et l’âge.

Les femmes sont moins nombreuses à déclarer avoir expérimenté l’ecstasy et les amphétamines. Pour les deux sexes, les prévalences augmentent avec l’âge.

La consommation d’ecstasy et d’amphétamines s’inscrit fréquemment dans un contexte associant des consommations d’autres drogues licites et illicites, principalement l’alcool, le tabac et le cannabis. C’est notamment le cas dans les contextes festifs où ces produits sont associés à d’autres stimulants et à des produits hallucinogènes.

    • LSD, champignons et autres hallucinogènes.

L’expérimentation et la consommation actuelle de LSD, champignons et autres hallucinogènes sont relativement limités en population générale. La consommation de ces produits est principalement circonscrite aux jeunes adultes et à des contextes festifs pour lesquels elle est en augmentation ces dernières années.

Au sein de la population adulte, les niveaux d’expérimentation du LSD sont faibles chez les 18-44 ans (1,5 % pour les femmes et 3,5 % pour les hommes) et relativement plus élevés aux deux extrémités de la tranche d’âge. Ceci est la conséquence de la conjonction d’une plus forte expérimentation chez les jeunes générations actuelles et celles des années 1970. Chez les jeunes, l’expérimentation varie entre 1 et 5 % suivant le sexe et l’âge.

La consommation de champignons hallucinogènes est, relativement au LSD, plus fréquente chez les jeunes parmi lesquels les niveaux d’expérimentation peuvent monter à près de 9 % (garçons à 19 ans).

Comme pour l’ensemble des drogues illicites, les femmes sont toujours moins nombreuses à déclarer avoir expérimenté le LSD et les champignons hallucinogènes.

La consommation de LSD et de champignons hallucinogènes s’inscrit fréquemment dans un contexte associant des consommations d’autres drogues licites et illicites, principalement l’alcool, le tabac et le cannabis. C’est notamment le cas dans les contextes festifs où ces produits peuvent être associés à des stimulants, notamment l’ecstasy.

    • Cocaïne, crack.

La consommation des stimulants, en général, et de cocaïne, en particulier, semble en progression au cours des dernières années, constat plus nettement perceptible sur des populations spécifiques (personnes fréquentant les évènements festifs et usagers dépendants d’opiacés).

L’expérimentation, et plus encore l’usage actuel, de cocaïne restent néanmoins relativement limités : en 2000, un Français sur cinq a déjà expérimenté la cocaïne.

Au sein de la population adulte, les niveaux d’expérimentation les plus importants sont rencontrés globalement chez les 18-44 ans et plus particulièrement parmi les 35-44 ans (1,6 % pour les femmes et 4 % pour les hommes).Chez les jeunes, l’expérimentation varie entre 1 et 3 % suivant le sexe et l’âge.

Les femmes sont toujours moins nombreuses à déclarer avoir expérimenté la cocaïne et, quelque soit le sexe, l’expérimentation est la plus fréquemment rencontrée chez les jeunes adultes.

La consommation de cocaïne s’inscrit fréquemment dans un contexte associant d’autres drogues licites et illicites, principalement l’alcool, le tabac et le cannabis. C’est notamment le cas dans les milieux festifs où la cocaïne est associée également à d’autres stimulants et à des produits hallucinogènes.

    • Héroïne et autres opiacés.

L’expérimentation, et plus encore l’usage actuel, de l’héroïne et des autres opiacés restent rares, aussi bien en population adulte qu’adolescente.

Parmi les adultes de 18-44 ans 0,4 % des femmes et 1,7 % des hommes ont expérimenté l’héroïne. Chez les jeunes scolarisés, 0,8 % des filles et 1,4 % des garçons de 14 à 18 ans déclarent avoir déjà pris de l’héroïne au cours de leur vie.

A tous les âges, cette consommation est à prédominance masculine.

La consommation occasionnelle d’héroïne s’inscrit dans un contexte associant des consommations d’autres drogues licites et illicites, principalement l’alcool, le tabac et le cannabis. C’est notamment le cas dans les contextes festifs où l’héroïne est nouvellement associée à des stimulants et à des produits hallucinogènes.

La consommation problématique d’héroïne est encore bien plus limitée malgré une visibilité sociale plus marquée (estimation de 150 à 180.000 usagers d’opiacés ou de cocaïne "à problèmes", principalement consommateurs d’opiacés).

    • Polyconsommation.

Chez les adultes, la polyconsommation  répétée d’alcool, tabac et/ou cannabis concerne plus de 15 % de la population âgée de 18 à 44 ans. Ce comportement de consommation est beaucoup plus fréquemment rencontré chez les personnes ayant expérimenté au moins une drogue illicite (principalement le cannabis). Ainsi les consommateurs de cannabis sont aussi largement consommateurs d’alcool et de tabac ; ces consommations peuvent être concomitantes.

Chez les jeunes, la polyconsommation répétée de drogues - principalement le tabac, le cannabis et l’alcool – est encore plus fréquente en raison du niveau plus élevé de consommation de cannabis : elle concerne près d’un jeune sur quatre à la fin de l’adolescence. Ce comportement est plutôt masculin et augmente en fréquence avec l’âge.

Dans l’espace festif et parmi les personnes consommateurs abusifs ou dépendants aux drogues illicites, la polyconsommation est un phénomène massif. Elle répond à des fonctions de régulation des effets des différentes substances psychoactives : sédatifs, stimulants ou hallucinogènes.

  • Conséquences sanitaires et sociales

Drogues licites et illicites.

Les consommations des drogues licites sont celles qui ont les conséquences les plus graves en matière de santé. Le nombre de décès annuels attribuables à l’alcool en France est évalué à 45.000, ceux attribuables au tabac à 60.000. Actuellement, le nombre de décès annuels attribuables aux drogues illicites ne peut pas être estimé ; les seules données disponibles sont les décès par surdose constatés par les services de police et les décès par SIDA chez les usagers de drogues qui sont de l’ordre de 300 en 2000.

 L’impact des différentes drogues sur la mortalité ne peut pas être totalement comparé en raison, d’une part, du caractère partiel des données sur les drogues illicites et, d’autre part, dans la mesure ou les décès estimés ne concernent pas la même population. En effet, il s’agit principalement d’une population âgée de plus de 60 ans dans le cas de l’alcool et du tabac et d’une population âgée en moyenne de 30 ans dans le cas des drogues illicites.

    • Héroïne, autres opiacés, cocaïne et crack.

Les conséquences problématiques des usages de drogues illicites restent largement dominées par la consommation d’héroïne. L’héroïne reste le principal produit à l’origine des prises en charge sanitaires et sociales d’usagers de drogues illicites. La consommation de cocaïne est aussi plus fréquemment rencontrée, principalement en association avec les opiacés.

Une grande partie de la population concernée par cette consommation problématique d’opiacés ou de cocaïne font l’objet d’une prise en charge sanitaire et sociale, notamment d’un traitement de substitution. La mise en place des traitements de substitution et leur rapide extension, au milieu des années 1990, a profondément modifié la prise en charge des usagers d’opiacés. Aujourd’hui, ceux-ci suivent, pour une très large part d’entre eux, des traitements de substitution. Début 2001, on estime à 84 000 le nombre d’usagers d’opiacés sous traitement de substitution, la buprénorphine (74.000) étant plus souvent prescrite que la méthadone (11.000).

Les prises en charge pour usage de drogues illicites sont très majoritairement (70 %) liées à l’abus ou à la dépendance aux opiacés. Entre 1997 et 1999, le nombre de prises en charge liées aux opiacés est resté à peu près stable alors que leur part relative diminue, en raison principalement de la progression des recours liés au cannabis et à la cocaïne. Les prises en charge sanitaires ou sociales pour usage de cocaïne ou de crack ont notablement augmenté entre 1997 et 1999. Cette augmentation concerne majoritairement des usagers déjà suivis, dépendants aux opiacés et souvent sous traitement de substitution.

La population des usagers d’opiacés pris en charge continuent de vieillir. L’âge moyen de ceux-ci augmente à peu près au rythme d’une année tous les deux ans : en novembre 1999, ils ont en moyenne 31 ans et seule une petite minorité d’entre eux (13 %) a moins de 25 ans. Ce sont principalement des hommes (3 cas sur 4), majoritairement sans activités rémunérées (plus de 60 %) mais la proportion de personnes exerçant une activité rémunérée a augmenté au cours des dernières années. La plupart de ces personnes (plus de 70 %) ont déjà eu un contact avec des structures de soins pour leur usage d’opiacés.

Chez les personnes concernées par l’abus ou la dépendance aux opiacés, la pratique antérieure de l’injection intraveineuse est très fréquente, sa pratique actuelle est en régression.

En lien avec le développement de la politique de réduction des risques et le développement des traitements de substitution, le nombre de décès par surdoses constatés par les services de police est en forte baisse depuis 1994 (564 en 1994, 119 en 2000). L’héroïne reste le produit le plus fréquemment en cause dans les décès par surdoses (70 sur 119 en 2000).

La prévalence du V.I.H. poursuit la baisse entamée au début des années 1990 : 16 % pour les usagers injecteurs en 1999. Le nombre de décès par SIDA chez les usagers de drogues poursuit la baisse amorcée en 1994 grâce à l’allongement de l’espérance de vie du aux nouveaux traitements antiviraux (1.037 en 1994, 180 en 2000).

La prévalence du VHC augmente et atteint un niveau très élevé : 63 % pour les usagers injecteurs en 1999.

    • Cannabis et autres drogues.

Les prises en charge sanitaires ou sociales pour usage de cannabis ont notablement augmenté entre 1997 et 1999.

L’usage du cannabis est à l’origine de la prise en charge dans plus de 15 % des cas.

Le profil des personnes prises en charge par le système sanitaire et social pour leur usage de cannabis est très différent de celui des usagers d’opiacés vus à travers le même dispositif : ils sont moins âgés (25 ans en moyenne), plus fréquemment pris en charge pour la première fois (60 %) et plus souvent adressés par l’institution judiciaire (25 %).

En l’absence de données sur l’implication du cannabis dans la survenue d’accidents de la route ainsi que dans celle de cancers, on ne relève actuellement pas de conséquences graves (morbidité et mortalité) de la consommation de cannabis.

L’ecstasy, les amphétamines et les hallucinogènes sont à l’origine d’un nombre très faible de prises en charge sanitaires ou sociales, qui semble stable au cours des dernières années.

    • Polyconsommation.

Plus de la moitié des usagers de drogues ayant recours au système de soin sont des polyconsommateurs dépendants. Les opiacés occupent une place centrale dans ces polyconsommations. Ils sont associés à la cocaïne, au cannabis, aux médicaments psychotropes et à l’alcool.

Dans le domaine des drogues illicites, de par la nature clandestine du marché, les produits consommés peuvent contenir plusieurs substances psychoactives dont les interactions sont mal connues. Ainsi, dans le cas de l’ecstasy, on estime qu’un tiers des pilules consommées comprennent plusieurs substances psychoactives.

En 2000, 45 % (54 cas) des décès par surdoses constatés par les services de police ont révélé la présence de plusieurs substances. Ce pourcentage est en augmentation au cours des dernières années.

  • Conséquences pénales

L’infraction à la législation sur les stupéfiants a conduit à plus de 100.000 interpellations en 2000. Ces interpellations en hausse constante depuis les années 1970 concernent principalement des usagers (95.000 interpellations pour usage ou usage/revente, soit 93,5 % du total des interpellations) et, plus particulièrement, des consommateurs de cannabis.

Les interpellations pour usage peuvent avoir une suite judiciaire et être suivies d’une condamnation (15.000 en 1999). Le délit d’usage dans ces condamnations est fréquemment rencontré comme infraction associée soit à une autre infraction à la législation sur les stupéfiants (trafic), soit à une infraction d’une autre nature. Le nombre de condamnations pour usage est stable depuis plusieurs années. Les incarcérations pour usage seul sont peu fréquentes (400 environ en 2000) et en baisse au cours des années 1990.

    • Cannabis.

Les interpellations pour usage et usage-revente de cannabis augmentent fortement au cours des années 1990. Il est de loin le produit le plus fréquemment en cause dans les interpellations d’usagers (79.000 pour 90.000).

Les usagers de cannabis interpellés sont les plus jeunes des usagers interpellés (22 ans en moyenne). Les mineurs interpellés pour usage de cannabis sont, bien que largement minoritaires, de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes, tendance inverse au vieillissement relevé pour les autres usagers interpellés.

    • Héroïne.

L’héroïne est le 2ème produit le plus fréquemment en cause dans les interpellations pour usage ou usage/revente de stupéfiants (5.800 en 2000), loin après le cannabis (82.300 interpellations) et devant la cocaïne (3.200 interpellations environ).

Les interpellations d’usagers d’héroïne sont de moins en moins nombreuses depuis 1996. Leur part relative sur l’ensemble des interpellations est également en baisse (6,2 % des interpellations en 2000). Cette tendance semble évoluer vers une stabilisation du nombre de ces interpellations au vu des données les plus récentes.

    • Cocaïne, crack.

Les interpellations pour usage et usage-revente de cocaïne ou de crack augmentent fortement au cours de la dernière décennie, notamment depuis 1997. Elles restent très minoritaires comparées aux interpellations pour usage et usage-revente de cannabis (3.200 contre 82.300) mais représentent maintenant la moitié de celles relatives à l’héroïne (5.800).

Les usagers de cocaïne et de crack interpellés sont de plus en plus âgés. En 1999, ils ont en moyenne respectivement 29 et 31 ans.

    • Ecstasy et amphétamines.

Les interpellations pour usage et usage-revente d’ecstasy augmentent très fortement au cours de la dernière décennie, à l’exclusion des années 1998-99. Elles restent très minoritaires comparées à l’ensemble des interpellations pour usage et usage-revente de stupéfiants (1.900 contre 94.300). Les interpellations liées aux amphétamines restent relativement stables et marginales (une centaine).

Les usagers d’ecstasy interpellés sont plus proches de ceux de cannabis que de ceux d’héroïne ou cocaïne. Ils sont jeunes, âgés principalement entre 18 et 25 ans.

    • LSD, champignons et autres hallucinogènes.

Après une nette augmentation au cours de la première moitié des années 1990, le nombre d’interpellations pour usage et usage-revente de LSD se stabilise ensuite à un niveau qui reste marginal par rapport à l’ensemble des interpellations (environ 200). Au contraire, au cours de la deuxième moitié des années 1990, les interpellations relatives aux champignons hallucinogènes deviennent de plus nombreuses bien que leur nombre soit encore limité (environ 150).

  • Offre de drogues illicites

L’offre de drogues illicites est dominée par le cannabis dont les quantités saisies ont triplé au cours des dix dernières années. Globalement, le marché clandestin de cannabis, de la cocaïne et des drogues de synthèse est en extension, celui de l’héroïne semble en stagnation.

Le nombre d’interpellations et de condamnations pour trafic de stupéfiants, à la hausse depuis le début des années 1990, étaient en diminution à la fin de cette décennie. Les données d’interpellations de l’année 2000 indiquent une inversion de tendance avec une augmentation qui concerne l’ensemble des produits. Dans ce domaine, le cannabis est encore dominant mais dans une moindre mesure qu’en matière de poursuites relatives à un usage de stupéfiants.

    • Cannabis.

Le nombre de saisies et les quantités saisies de cannabis sont à la hausse. Une grande part des saisies réalisées en France concernent du haschisch en provenance du Maroc.

Le cannabis est très accessible par des prix modérés et une grande disponibilité. La nature des produits consommés est très variable, notamment en ce qui concerne la teneur en produit actif (THC). L’analyse d’échantillons saisis montre une présence non négligeable de résine de cannabis à forte concentration (THC> à 8 %), dans 4 cas sur 10.

    • Héroïne et autres opiacés.

Les quantités saisies d’héroïne sont très fluctuantes au cours des années 1990. Après trois années successives de baisse sensible après 1996, une forte augmentation est relevée en 2000 (440 kg). Le nombre d’interpellations pour trafic d’héroïne suit la même évolution avec toutefois une augmentation de moindre ampleur sur 2000 (1.200 interpellations).

L’héroïne est actuellement moins accessible qu’elle ne l’était au cours des années récentes en espace urbain. Cette tendance s’inverse dans l’espace festif. Le taux de pureté et le prix de l’héroïne semblent actuellement diminuer légèrement.

    • Cocaïne, crack.

Le nombre de saisies et les quantités saisies de cocaïne sont à la hausse mais les variations sont fortes d’une année à l’autre, sous l’influence de la réalisation ou non d’importantes opérations ponctuelles.

La cocaïne est de plus en plus facilement accessible. Son prix a notablement baissé dans les années 1990 et semble se stabiliser.

L’offre de crack apparaît comme un phénomène relativement localisé touchant encore principalement la région parisienne et les Antilles-Guyane.

    • Ecstasy et amphétamines.

Après une très forte progression dans la première moitié des années 1990, les saisies d’ecstasy semblent se stabiliser.

L’ecstasy et les amphétamines sont très accessibles dans l’espace festif. Le prix de ces produits a tendance à baisser au cours des dernières années.

Le terme générique d’ecstasy couvre en fait une très grande diversité de produits. Les pilules vendues sous ce nom ne contiennent pas toujours la substance active recherchée (MDMA). Elles contiennent souvent plusieurs substances actives dont l’interaction est mal connue, notamment différents médicaments détournés de leur usage médical. Quand la MDMA est présente, les dosages en sont très variables.

    • LSD, champignons et autres hallucinogènes.

Après une très forte progression dans la première moitié des années 1990, les saisies de LSD ont été fortement réduites malgré une certaine reprise constatée en 2000. . Ceci ne semble pas vouloir dire que le LSD soit moins disponible car des observations de terrain permettent de dresser le constat inverse : le LSD ainsi que d’autres produits hallucinogènes, tels que certains anesthésiants détournés de leur usage médical ou vétérinaire (principalement la kétamine) seraient assez disponibles, notamment dans certains milieux festifs.